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 O L I V I E R  T H É V I N      journal > blog

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22XII9, VENDREDI

Matin
Train fantôme

22XII9, VENDREDI

Métal glacé
Pour M.L.

 

Givre sur métal

Ce matin, le givre m'a parlé de toi. C'était un givre sur un quai qui attendait un train, au moment où le merle chante à la mort de la nuit - personnellement, je n'ai jamais compris s'il chante triste à la mort de la nuit ou gai à la naissance du jour dans cette satanée chanson. C'était un givre beau comme ta craie sur le noir du tableau. Simplement posé sur une bande d'acier glacé sur le quai. Un givre modeste au dessin magnifique. Toi quoi. 

22X17, DIMANCHE

Mythologie du jambon
Nif Naf Nouf

 

Je regarde. 

L’érable se dépourprer de ses feuilles exsangues. Par la cîme. Chauve d’automne. 

L’automne a son grouillement. Tous les préparatifs de la résistance à l’hiver s’organisent. Comme une agitation de départ en vacances. Fabriquer les bourgeons, couper les robinets à sève, ralentir la machine. On cache l’espoir qui renaitrait. Le conditionnel s’installe ici aussi. À taille de cernes dans l’aubier, combien dure une année dure ? 

Le vent souffle à nouveau. Mon arbre dénude un horizon joliment plombé. Une escouade de feuilles part en mission humus.

Ecce humus.

Ecce Lupus.

Lui souffle, le Loup. Bonne hygiène, pas de cigarettes adolescentes, pas d’emphysème,  jeune,  beau, puissant, redoutable, avec ses cuissardes et son baudrier. Il avance armé. Armé par qui ?  Armé pour quoi? (je repousse la sale gueule de la réponse qui se pavane au bout de ma langue). Alors dans l’ordre naturel des choses, viennent les autres, les trois cochons. Nifnif, Nafnaf, Noufnouf : la triade. L’astral charcutier, un triangle où Nifnif est définitivement en haut. Il est la nuit, il est la fête, il est : «on n’est pas sérieux quand on a 17 ans…», l’insouciance de la paille. De l’enfance.

Nafnaf, lui, habite la sensualité ; doux comme une caresse sur le bois, il sent le pin, jeune et chaud. C’est le squelette du temps long qui fabrique, qui transmet sons et sentiments, chaud comme une mère, nocturne doux comme un Chopin. C’est l’artiste de la famille. À la base gauche du triangle.

Noufnouf est dur, antédiluvien, le puisque nous, le passé socle. Le carré qui comprend, l’enfouissement rationnel. Le pragmatique, le cochon alpha : «Le loup arrive, branchez l’éolienne !…». À la base droite du triangle.

Vient le Loup. La menace qui anime la triade, l’urgence de la vie. Celle du dehors. La puissance du coin de la rue. Le faiseur de roi.

 

Je regarde mon corps pas royal vraiment. Je souris. Pas de suite dans les suidés. Je me demande juste où tu placerais mon curseur dans le triangle des cochons. Et puis non. Je sais.

 

Je ferme le robinet de la douche.

22IX30, VENDREDI

Pommes gâtées
(du jardin des Vespérides)


Le Stabilotone. Ici, sur couché brillant vaporisé d'eau, ce qui donne au papier son aspect grenu. En une vie, je ne réussirai pas à faire le tour de cet outil. Pas grave, je reviendrai.

Craie aquarellable sur couché brillant, 24x30cm.

22IX21, MERCREDI

Hyperréalisme " Ceci n'est pas un corps"

Exposition au Musée Maillol

 

Passé le sentiment dérangeant - fort mélange de « unheimliche » de Freud (l’inquiétante étrangeté, incertitude sur le fait que quelque chose est vivant ou non) et de l’ « Uncanny Valley », la vallée de l’étrange (le malaise cybernétique d’un autre ressemblant trop à un humain sans l’être) - je demeure circonspect : l’imposture n’est jamais très loin ici, le symptôme grévin : je reproduis un humain de la manière la plus fidèle possible et lui attribue une attitude qui reste, de l’extérieur, si futile que, au final, il ne reste que la technicité inutile et fate de la reproduction du vivant.

 

Le prospectus annonce : « Réalité, art ou copie? », essaie de décoller grâce au surréalisme avec l’accroche détournée du Magritte («Ni en dessous, ni au dessus de la réalité mais au delà» disait, sauf erreur, Picasso à propos du surréalisme). Copie donc éloignée de l'Art qui n’a pas besoin de ressembler pour interroger ou émouvoir.

D’ailleurs ce travail de copiste émeut rarement. Peut-être davantage, me suis-je demandé, les gens normaux qui ne travaillent pas régulièrement avec des corps nus. Et quand il se cherche une justification, ce travail devient irritant (ce qui reste une méta-émotion…) : justification sociale (travailleur, cowboy (!), femmes dans des transats… ) copie de réalité qui se cherche misérablement un parrainage parmi les plus grands, relevant, en creux, son inanité. 

Ainsi cités sur les panneaux muraux : Rodin : « l’artiste digne de ce nom doit exprimer toute la vérité de la Nature, non point seulement du dehors, mais aussi celle du dedans », soit l’inverse présenté ici, pour ce génie qui a su transcender le réel pour lui redonner souffle, vie et palpitation qui ont désespérément déserté cette expo. Il suffit de mettre en opposition "La Danaïde de Rodin" et "Kneeling woman" de Sam Jinks pour se rendre compte de l’abîme entre les deux approches. Finalement, là est le comble : être au plus près de la réalité sans sentir le sang qui palpite, figure le cadavre! Cette exposition est une morgue aux mains de psychopathes de la poupée.

Cité aussi Michel-Ange : «Un artiste éminent ne conçoit aucun sujet qu’un marbre ne puisse renfermer dans son sein ; mais seule y parvient la main qui obéit à l’intelligence». Quelle pertinence pour des structures essentiellement moulées sur le vivant ? Et aussi De Vinci dont je n’ai pas retenu la phrase mais qui sonnait ici comme un truisme et Aristide Maillol, lui-même, un comble dans son propre musée! : «Il ne suffit pas d’avoir un modèle et de le copier. Sans doute la Nature est la base du travail… mais l’art ne consiste pas à copier la Nature». Donc en somme, que des références à ceux qui ont fui une réalité de «l’objet» pour une représentation plus proche de l’idéal de la perception émotive. Loin de ce que l’on nous présente.

 

Cette exposition finit par déclencher cette case chez moi où réside ce sentiment fort qui me poursuit et vrille mon esprit en permanence :  je ressens la « vallée de l’étrange » dans le miroir des réseaux et de l’audiovisuel contemporains. Voir des humains construire un réel dit non fantasmé et pourtant de post-vérité - enduit de storytelling gélatineux - avec une stupidité de poulets consanguins ; voir la manipulation grotesque des chiens de garde qui nous prennent pour les susnommés poulets, crée un puissant sentiment d’inquiétante étrangeté : celui de ne plus reconnaitre l’Autre dans le miroir du screen comme étant de la même espèce.

 

Flying mind circus du 21 septembre :

22VI15, MERCREDI

Olive Oil , 300 secondes

Un rhum puis un café au bar, avant, pour effacer le trac. Deux autres rhums pour le faire revenir finalement. J’ai besoin d’avoir peur.

 

"Je ne t'ai jamais raconté les 300 premières secondes de pose entre Olive Oil et moi où j'ai perdu une de mes 9 vies?"

 

Flying mind circus du 15 juin :

Feutre et collage sur carnet Leuchtturm1917.

 

dessous : la planche du journal du théâtre de Bourg en Bresse.

BD "Imprévus", Illustration pour le programme théâtre de Bourg-En-Bresse.
Craie aquarellable et encres acrylique sur couché brillant, 24x30cm.

22VI10, VENDREDI

L'odeur neuve de ma robe 

Il y a dans le caché un sens qui n'existe pas dans l'emballé (de Christo et Jeanne-Claude, par exemple), un sens plus mystérieux qui implique la curiosité : une chose ou quelque chose sous la gaine que je ne verrai peut-être pas - jamais - et qui pourtant a une justification à être cachée…Le "scotch" comme une ligne d'exuviation marque le désir de dévoilement. L'Emballé, lui, à vocation à être dévoilé, il n'existe que pour la surprise ou la redécouverte (Christo/Jeanne-Claude) ce qui est déjà intéressant car il rappelle le Rien-ne-va-de-soi de Jankélévitch. (à suivre)

"Saint Jean-Baptiste et "l'Homme qui marche", Rodin, Musée d'Orsay.
Feutres flair sur carnet Canson 21x30 cm.

"L'Olisbos qui marche" Rodin, Musée d'Orsay.

Craie aquarellable sur couché brillant 15x21cm.

 

22V19, JEUDI

Comment parle-t-on d'un dessin?

 

Salon du dessin contemporain Drawing Now. Juliette Green fait une performance où elle écrit sur un mur de façon plastique des phrases récoltées lors du salon. Sa concentration fait d'elle un très beau modèle. Je la dessine écrire sur le dessin.

Feutres sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

22V26, JEUDI

Vanilla vanitatum (et omnia vanilla)

« Maintenant il faut boire, maintenant il faut frapper la terre d'un pied léger » Horace 

 

La nuit fourmille sa jeunesse dans cette rue étroite. L’éthyle vaporeux serpente dans les regards ; tout clignote de l’éclat du bengale au marché de la joie. L’hubris est là et le crie. Insubmersible. Moi, perché sur une marche à la bouche d’un club, dans le retrait de l’âge. L’Âge qui voit. Voit les engrange-dès-aujourd’hui, les carpe, les diem, les mon-amie-la-rose. L’âge qui croise dans ce miroir de mille jeunesses, la sienne qui n’habite plus dans cette rue. Et pourtant, cette gaité m’est douce comme une vieille amie à l’entêtante présence. Vanité de la vanille. Comme le parfum d’enfance, d’adolescence amoureuse qui s’évanouira dans l’assèchement de la naïveté. Rester inflammable. Une pinte tombe et se brise sur la table voisine. La bière s’écoule en nappe sur la bakélite, autour du reste de verre qui se dresse encore, effilé, dangereux, puis tombe en lames de rideau sur les pavés stériles. Comme un égorgement. Combien de sang encore dans la clepsydre? Suffisamment pour retourner le temps? Le philosophe dit : « je ne voudrais pas refaire le chemin à l’envers ». Te l’ai-je dit, un jour, j’ai croisé Dave, rue Garancière à Paname. J’aurais aimer l’arrêter, l’embrasser, au moins lui révéler qu’il était mon préféré de la Pléiade… Mais rien. Je l’ai laissé filer. Filer comme un kairos qui fait des noeuds à ton fil de vie chaque fois que tu n’oses pas. Des noeuds inextricables dans la belle chevelure de ta Destinée, agaçant le brossage laminaire de ta béatitude. 

 

Cette fille aux yeux kérosènes qui m’aborde en recherche de feu, je pourrais lui parler sans gêne ni lourdeur car j’ai l’âge d’avoir perdu toute ma bière sur les pavés. Je reste coi, justement pour cela, esquissant à peine un sourire de fantôme daron. Nunc est bibendum, nunc pede libero pulsanda tellus, le latin vient me chercher trop souvent. Je parle le marbre. Et ça, c’est pas bon. C’est peut-être ça mon job : Spectre vigie de tumulte ivre et coloré. J’écrase ma cigarette. La bouche du club m’avale.

Craie aquarellable sur couché brillant 15x24cm, 2 dessins.

22IV20, MERCREDI

Fates on Beach / Les Parques à la plage  

Faisant corps au sable, siphonné de sa matière par un destin qui se refuse, l’homme occupé à gésir, c’est moi.

Faisant corps au sable, Sylphe honni de sa tanière par un éros qui se refuse, l’homme au complet désir, c’est moi.

22IV18, LUNDI

Scalène

« Scalène : adj. Se dit d’une forme géométrique rigoureusement irrégulière » 

« Aux coeurs rhomboédriques, les amours bancales »

 

 

Scalène est une forme qui fuit 

la régularité, 

l’élégante conformité 

de la symétrie étanche. 

Scalène ne veut pas se définir. 

Scalène est punk. 

Dieu l’a créée dans un moment de doute : existe-je ?

Ça lui a échappé.

Rien ne prédestinait Scalène à être rigoureusement irrégulière.

Pour échapper à l’équilatérale-sainte-trinité,

Scalène est géométrique existentialiste 

et pisse sur son essence.

 

Scalène est verte de bleu, jaune sang,

over the fuckin rainbow

déserte les calculs satellites, les lois balistiques, 

voyage sans valise,  

chevauche le soleil des boucles enfantines ;

dissone à l’unisson, 

se couche dans les Limericks sauvages, 

déjeune de rimes riches qu’elle trempe dans un bol de Styx. 

Elle est fauve écaille de tortue et mange sa salade.

Elle est roi-repentir sur un dessin de maître,

strabise le regard de la Déesse, 

lui offre tout son velours.

Scalène n’aime pas a+b, un papa, une maman à la puissance foutre. 

Plaisir d’enfouir, joie de concevoir.

Scalène a des amours bancales, 

pratique sans orthodoxe, 

stuprise à qui mieux mieux.

 

Au soir, Scalène est fatiguée et se cache 

sous la ligne, très fugace, d’un roulis musculeux,

au creux d’une clavicule amie,

et rythme le mouvement gracieux

d’une tête qui bascule. 

 

Aujourd’hui encore

Scalène a échappé à Dieu

et son Parfait Mystère.

HF & DS, photography Burt Glinn 1957, New York

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dessins, textes et graphisme © Olivier Thévin 
olivierthevin.com
2026