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 O L I V I E R  T H É V I N      journal > blog

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24X23, MERCREDI

Haku au pays des Micaschistes

« Le sol est en terre battue rouge cyan » S.L.

Je t'imagine voyageant dans les cristaux chatoyants. Va, petit, on se retrouve au pays des Micaschistes.

Feutre flair et crayon lyra sur papier machine, 10x15cm.

24IX24, MARDI

Poétique de l'anamorphose

Exposition "Surréalisme" à Beaubourg / " Distorsions" d'André Kertész.

 

"Distorsions" c'est beau mais je préfère anamorphoses (comme dans "le Nu dans la boîte") dans l'idée que c'est le modèle qui se transforme au gré de mon désir donnant ainsi des monstres érotiques et non une simple vision miroir distordue. Ça me ramène à J.-C. Athané (dans son "corps et graphie") et son exacte démesure ; la notion du miroir émotionnel donnant une image plus juste qu'exacte.
Dans les photographies de André Kertész, notre regard est comme une main qui, quand il suit ces extravagances, caresse l'image. Caresse le corps. L'étiré est doux ; cet étrange est rassurant, fantastique et loin de la fameuse "vallée de l'étrange". (à suivre)

Dessin à partir de la photographie exposée. Feutres Flair sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

Feutre et collages sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

24IX23, LUNDI

Cormiers

Des poires cormier ayant bien vécu et une graine échevelée de liquidambar gargantuesque. Comme un pont entre ici et ce qui fut.

Feutre pilot V5 sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

24VII29, LUNDI

L'Ange du bizarre
Annie Le Brun est morte. Ça va être plus difficile pour la rencontrer.

24V13, LUNDI

Mirbeau, Lafon et madame Cohen

Feutre et collage sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

24V6, LUNDI

Bird of night

« Blackbird singing in the dead of night / Take these broken Wings and learn to fly » Paul Mc Cartney

 

Le plus difficile c’est le jour d’après.

Quand mes doigts, souples et chauds, se posent sur ton corps roide, dans l’espoir d’un transfert, simple comme un contact électrique. Mais la diode reste éteinte. Dehors, la lumière s’élève doucement dans un déploiement de trilles des tiens au matin. 

La vie est désespérante d’optimisme.

Black death singing in the bird of night

Le plus difficile c’est le gâchis de ta jeune vie. La promesse non tenue.

Feutre sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

24IV8, LUNDI

Sublime Abstrait

Robert Rosenblum invente et utilise le terme de Sublime Abstrait pour décrire le sentiment d'immensité et de solitude véhiculé par les œuvres des expressionnistes abstraits, les rattachants à leurs ancêtres de la peinture romantique.

Feutre flair / encre acrylique sur calque / sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

24III26, MARDI

Jeune fille, ligne R

Feutre pilot V5 sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

24III15, VENDREDI

Ombres sur le mur

Collage, graphite sur calque 8x14cm sur carnet Leuchtturm1917, 15x20cm par page.

24III14, JEUDI

Maria Magdalena's Door, Louvre

« Desire is hunger is the fire I breathe » Patti Smith

Feutre V5 et flair sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

24III14, JEUDI

Têtes coupées cachées

" Têtes de chapiteaux, ornées de feuilles stylisées, entrelacs de fins sillons… " (le cartel), Louvre.

plus ici : "l'odeur neuve de ma robe"

Feutre V5 et flair sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

24II13, MARDI

Ligne R, 6h25

"A working class hero is something to be" Lennon

Feutre V5 sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

24I29, LUNDI

Nature Vivante

"Pour chercher le duende, il n’existe ni carte ni ascèse. On sait seulement qu’il brûle le sang comme une pommade d’éclats de verre, qu’il épuise, qu’il rejette, toute la douce géométrie apprise (...)"

Federico Garcia Lorca "Jeu et théorie du Duende"

 

Une bonne séance de nu s’organise comme un dîner. J’aime mes modèles, j’aime mes élèves, et l’idée de les faire se rencontrer.

Et quand je les présente, dans notre salle, disposée en banquet clos - sorte d’arène au centre de laquelle est placée une estrade nappée - il y a toujours ce moment de flottement où j’ai envie de dire au modèle : « Mais qu’est-ce que tu fais nu devant mes convives ? Rhabille-toi donc !». C’est violent tout de même un corps tout en vie, se posant à 1,5 mètre de leur ingénuité. Et puis, toute impudeur partagée, je sens la chaleur de l’échange, le double don. Je me surprends bientôt à n’être plus qu’un hôte de côté qui les laisse dialoguer.

Car dans l’auberge de JLF*, tout dialogue. Notre cours s'élabore. Je dis notre car il faut considérer cette prépa comme un organisme vivant qui s’enrichit, d’année en année, d’une expérimentation commune où je me demande souvent si je ne suis pas celui qui apprend le plus. Puisque la chose est claire : nous sommes face à des artistes. Nous travaillons à une révélation commune d’un trésor qui est déjà là.

Mon travail consiste à créer des outils. Les plus efficaces naissent parfois d’une conversation - comme « le Nu dans la boîte », un exercice d’anamorphose - ou de la simple observation de l’interprétation d’un exercice dans le travail d’un ou une étudiante.

Je pense que Jean-Louis n’a jamais voulu faire du modèle vivant un enseignement d’académie, une breloque de programme d’école d’art. Il sentait le pouvoir miroir du corps de l’autre et son intérêt subversif et révélateur.

Un jour est venu par inadvertance - c’est toujours ainsi qu’on déshabille l’ombre - le jeu dans la pose. L’improvisation théâtrale. Au modèle : une contrainte, un objet, une configuration ou parfois même juste un mot. Une proposition de dérouler en quelques poses-tableaux de 7 minutes son imaginaire. Aux étudiants : saisir ces propositions, les transformer pour en faire leur propre histoire. Le tout encapsulé dans l’heure.

La dramaturgie par le modèle vivant, le corps nu mis en jeu, cela semble a priori un non-sens pour le dessin pur, soumis à l’exactitude et aux valeurs qui nous définiraient dans notre capacité à épouser la vérité. Et pourtant, c’est dans le jeu que le dessinateur se surprend lui-même à se dévoiler par le modèle. Le jeu de la réalisation, la difficulté de cadrer, mettre en scène ou composer, inventer l’histoire au fil des poses : choisir ! Quand bien même il faudrait profiter de la moindre de ces 420 secondes que dure une pose pour bien dessiner, tout en contrôle.

Ainsi l’urgence court-circuite la conscience. On ne dessine bien que dans l’oubli de soi quand cet Autre que l’on cache prend les rênes et nous porte, nous supporte, bien au delà de ce que nous aurions été si nous avions contenu les chevaux. Le jeu est la clé. Et je vois dans ces dessins juvéniles plus de vie que dans bon nombre d’académies de dessinateurs reconnus qui patinent les morts à la belle technique des 3 crayons.

La verve, la fougue, l’audace : voilà ce que le Nu réclame. Pas l’expérience sédimentée. Juste l’enfance de l’art. L’enfance dans l’art. Le brouillonnement du monde.

Alors on trace, on déforme, on découpe, on s’approche du Réel comme on touche les cornes d’un escargot. À peine atteint, il se dérobe et prend son temps pour revenir. Et ce temps à revenir, nous l’apprécions : c’est le désir. C’est lui que nous dessinons.

On s’habille alors de la nudité du modèle, chacun la sienne, aux invisibles coutures soulignées d’un trait juste et vivant.

Comment sait-on qu’un trait est vivant ? On le sait. Nous l’avons toujours su, même ceux qui ne dessinent pas. Nous l’avons toujours su, dès l’enfance.

Le banquet est fini, les convives égaillés, les nappes bien dessinées. Un parfum de duende flotte encore dans l’air. J’inspire cette chance.


 


* John Lidzgerald Fennedy

"Les mains sales", caap 2015. Feutres flair sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

Le livre des 30 ans de la CAAP-PICASSO
image © VOITURE 14

24I5, VENDREDI

Fatum

« La nuit, le nez des animaux frissonnait comme un journal. »  Salambô


Feutre sur carnet Canson, 20x30cm.

 

Fatum. 1h30, hurlements. Ma fille pliée en deux. Salambô, ou l’histoire recommencée.

1h30, j’émerge. Stéphanie a bondi du lit et est déjà en piste. C’est le moment que je déteste, celui où je vais devoir me préparer pour aller aux urgences. Le moment qui me téléporte ce soir de 2017 où il fut si difficile de prendre à nouveau la décision de partir aux urgences à Paris, Debré, où nous serions mal reçus car personne ne comprenait ce qu’elle avait. Ils se contentaient d’apposer le sigle Ψ sur son dossier.

Un cachet d’infamie.

Pourtant, la petite hurlait de douleurs sans cesse. Nous nous relayions pour dormir comme on fait des quarts en marine. Même fatigue que pour les bébés, l’angoisse en prime.

Ce soir-là, plus épuisé encore qu’un autre, j’ai demandé un répit de une heure à Salambô hurlante. 

« Donne-moi encore une heure! ». Comme si la douleur pouvait miraculeusement s’éteindre dans l’intervalle. Une heure plus tard, mon téléphone sonne. On s’appelait d’une chambre à l’autre. Elle avait définitivement mal.

Je me lève. Me douche. Me rase. Il est 2 heures. Comme si je partais au travail. Juste un peu tôt.

Je porte Salambô jusqu’à la voiture - ses jambes ne sont qu’aiguilles de verre tournées vers l’intérieur - l’installe à l’arrière. Je démonte le fauteuil roulant, le glisse dans le coffre, ouvre le grand portail en bois bleu du 20, rue Delort.

Je m’assois derrière le volant, checke un instant si j’ai bien tout le dossier, tous les papiers, les ausweis médicaux. De derrière moi, j’entends cette petite voix enfouie dans la nuit : « merci, papa!… » (*). J’ai pleuré sans bruit et pleure encore chaque fois que ces mots me hantent.

Nous sommes partis dans ce noir, sans un autre mot.

 

La nuit dernière, nous avons eu plus de chance. L’atarax et l’acupan que nous avions ont réussi à endiguer la crise. Elle a fini par s’endormir dans notre lit. 3h à l’horloge. Je suis explosé mais heureux d’avoir échappé au dehors. À toutes ces étapes écharpées.

Je la regarde dans l’obscurité. Elle est grande, adulte. Pourtant je vois la fillette de 10 ans, si gentille déjà. Et je pleure. Fatum.

 

 

(*) « mercipapa » comme un seul mot qui me perce instantanément jusqu’au cœur. Non. Pardon. Merci à toi, qui souffre et demande pardon alors que moi, ton père, je faillis à t’ôter cette douleur. Merci Salambô. Plus tard - des années - quand nous nous retrouvons ensemble à l’hôpital et que tu gîs sans force, faible et endormie, je te dessine. C’est la seule chose que j’ai trouvée à faire. Comme un hommage à ton courage. Comme un dessin apotropaïque qui nous protègerait tous.

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dessins, textes et graphisme © Olivier Thévin 
olivierthevin.com
2026