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 O L I V I E R  T H É V I N      journal > blog

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23IX17, DIMANCHE

Chair Modèle

« C’est la vie qui bouge, c’est le vrai, c’est le divin, l’éclair qu’il faut fixer. » Rodin


 

Ce n’est pas le dessin que j’aime, c’est la mémoire de la rencontre. L’impression dans le temps et l’espace d’un corps avec le mien. 

 

Rien n’est plus émouvant qu’un corps qui se laisse lire au delà de ce qu’il représente de jeunesse, de vieillesse, de corpulence, ou même de genre. Rien n’est plus différent d’une chair qu’une chair qui s’enfuit. Qui se dérobe, flanche ou se creuse. Ou revendique, sublime.

 

La vérité de la chair me sort rapidement du corps symbolique.

 

***

 

J’ai rencontré Maria, le modèle de Rodin, Claudel et Desbois, vitrifié symbole de vieillesse, de beauté fanée, d’Hiver, de Misère ou même Destinée. Repoussoir apotropaïque pour conjurer notre peur. 

Un jour, puis un autre, je l’ai dessinée. Sa peau d’écorce striée ; ses veines, médusoïdes racines rampantes enserrant ses jambes ; les sillons profonds qui plissent sa silhouette de saule et ses doigts de sarments déformés qui jamais ne se lissent. Le squelette trop présent dans son enveloppe chrysalide.
 Et pourtant je n’y ai trouvé ni hiver, ni misère, ni toutes ces imprécations mémentomoriennes stupides. J’ai simplement posé ma craie sur le papier et ça s’est déroulé ; j’ai aimé rendre ces gorges, délabyrinther ces veines, dégonfler ces chairs, au plus près. 

Ensuite, on a fumé sur le quai de retour. Elle parlait plusieurs langues mêlées, entrecoupées de rires de souris rauque. Parfois je la surprends marmonner à d’autres que je ne vois pas. Là et ailleurs en même temps. Regard azuréen.

Le modèle vivant est le seul endroit où l’on peut aimer profondément un corps sans avoir envie de le toucher, le posséder, ou sans qu’il soit repoussant. Juste la fascination, les regards convergents - fidèles au moindre pli au delà des ombres - traçant de cette peau un manteau soyeux qui habillerait le squelette de l’âme. 

 

Maria d’aujourd’hui n’est plus Maria. Mais l’Éternel vivant, seul symbole digne et une promesse.

Affûtée à mon propre cuir, la craie noire s’impatiente. Le dessin est un maître. 

Craie aquarellable sur couché brillant
15x24cm.

23IX19, MARDI

Salambô, again.

« Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger,

Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes. » Jean Genet

Feutre V5 et crayon couleur sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

23VI16, VENDREDI

Elodie et le faisan 

3 dessins d'une même pose.

Craie aquarellable sur couché brillant 24x15cm, 3 dessins.

23V31, MERCREDI

Lambeaux de pierre

- Je ne comprends pas. Maman est propre, je suis propre et on a fait deux crados !
…
- Bah, c’est comme deux poneys peuvent faire un cheval... » O & Lz
, 10 ans

 

Les mercredis, j'emmène Lazuli pour un cours dans une petite écurie à côté de Paris-Forêt (!). Je l'attends dans la forêt, au rocher Cailleau, où je peux lire, écrire et dessiner des roches à l'emporte-pièces (en mode puzzle) . Jamais assez longtemps… J'aime ce rendez-vous. 

Feutres flair sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

23V20, MARDI

L’Âge mûr 


« Il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle ». Rodin

 

Derrière nous, des visiteurs s’arrêtent et se massent. Un demi-cercle se fait. Zoë, agenouillée à fleur de marbre, bras tendus dans le vide, visage relevé, tête versée sur la droite, suppliante, avance doucement son buste dans l’espace. Centimètre par centimètre. Derrière elle, le bronze, sur le socle haut, marque la scène.

L’Âge mûr, Camille C. ou la rage désespérée contre ce qui ne sera plus. Bientôt Zoë sera dans l’exacte position de la jeune femme de la sculpture. Je sens la tension envahir son beau corps, le roulement musculeux dans ses jambes de danseuse, la douceur crispée dans son visage rond qui s’empourpre. Ses yeux de candeur bleue cherchent dans le vide un appui, un recours. 

Je mesure enfin le risque de l’entreprise. Short boxer et débardeur collant ses galbes, pieds nus, cheveux blonds de bronze retenus simplement : comment oser se mettre ainsi en scène et tutoyer le Génie dans le sein du temple même ! Et pourtant, au jeu de la chair contre le bronze, c’est le bronze qui cède et tout un siècle s’évanouit devant la grâce juvénile du vivant. Le marbre d’Orsay espère la goutte qui coule à présent au cou de la danseuse. Les esprits ont soif de revivre et s’agitent.


Elle avance encore son buste dans le vide. Son regard m’attend. Je lui chuchote : « un peu encore Zoë, tu y es presque…». Je la vois sourire gentiment. Tristement presque. Nous savons déjà tous deux qu’elle va se heurter au mur froid de la mécanique gravitationnelle. Inéluctable. La surface de sustentation, si tu en sors, tu chois. Et peu importe la force de ton amour, peu importe ta rage. 

Devant les dizaines de regards attentifs, Zoë s’écroule sur le marbre. 

Son corps fait un bruit sourd d’os et chairs meurtries qui parcourt tout Orsay en un souffle : fugit amor. Dans le silence qui suit, Camille reflue, s’évanouit dans le sable. La boule dans ma gorge roule un Merci Zoë… Bravo. Je prends une seconde de plus pour tenter un air dégagé et me tourne vers les étudiants, les curieux et les touristes japonais - qui nous ont adoptés. Dans les regards, un Pourquoi m’attend. Pari gagné.

 

Le secret partagé de ces amants-là, c’est l’art du vivant en un mouvement suspendu qui ne s’illustre pas dans une seule image figée comme sur une photographie. Un mouvement qui ne s’inscrit plus dans un temps linéaire mais dans une séquence métamorphique où l’on distingue au même endroit ce qui fut et ce qui sera. Nous la voyons supplier à genoux et pourtant elle est déjà tombée! 

Et plus fort encore que la vie elle-même, celle qui va au delà de sa propre surface de sustentation, sa propre vérité, est celle qui refuse. Qui ne renonce pas. Celle qui ne veut pas ! Défie le pan metron - en tout, de la mesure - ce son mat de chair écrasée, c’est l’hubris de Camille.

 

L’histoire veut que cette œuvre soit quelque chose de plus universel encore que l’Amour qui a choisi et fui. Qu’il y a la résignation qui enveloppe l’homme dans le tourbillon du Temps et de la Mort dans son fantastique drapé, et que c’est sa propre vigueur juvénile qui jusqu’à l’arrachement de l’attraction demande à l’homme de se retourner. Mais s’il se retourne, qu’en fera-t-il?

 

Et puis, plus mystérieux, il y a, à cette oeuvre, un verso qui m’est cher. De cet autre côté, la jeune femme, seule, implore une chimère dragonesque qui, emportant l’absolu de l’Amour et de l’Art, désigne son Enfer sur terre.
 
La multiplicité des noms de l’oeuvre - L’Âge mûr dit aussi La Destinée ou Le Chemin de la vie ou encore La Fatalité - apparait alors comme un cache-sexe de l’essentiel : la perte de l’Autre. Ultime élégance de Camille Claudel.

Camille Claudel, "L'Âge mûr", verso. Dessin sur calque jaune 15x21 cm.

23IV30, DIMANCHE

L'Homme qui habite dans le placard

Pour Salambô 

 

Un jour tu m’as demandé pourquoi le soleil disparaissait le soir.

 

J’ai dû t’avouer ce lourd secret de famille. De toutes manières, tu l’aurais su un jour.

Nous cachions un bonhomme minuscule dans le placard d’une alcôve, au bas de l’escalier qui mène au sous-sol. Gentil et étrange, il ne faisait rien qu’habiter le placard au milieu des conserves et des bouteilles. Mais le soir venant, nous nous appliquions à laisser entrouverte la porte de ce placard. Tous les soirs. Sans faillir.

 

Alors il sortait du placard. Il mesurait à peine un haricot de haut.

 

Remontant difficilement les premières marches de l’escalier, il grandissait, prenant la taille d’un chaton en arrivant dans la cuisine. Et chose incroyable, pour un chaton du moins, il traversait sans encombre la baie vitrée fermée de notre cuisine et partait dans le jardin vers l’Ouest, d’un pas assuré. 
Arrivé au portail, il était déjà grand comme un girafon, enjambait sans encombre le portail, traversait la rue. Grandissant à la vitesse du lait qui s’échappe, il mesurait déjà une maison au bout de l’avenue, puis un immeuble à la porte de Paris.


De la capitale, il fait trois enjambées, pas davantage. Passant au dessus de Versailles, sa tête, encombrée de nuages, ignore le Roi fourmi et sa Cour de pucerons somptueux dansant le rigodon pour la grandeur de la France. 

Devenu un Titan, il traverse Le Mans. Déterminé, forçant l’allure comme si chaque seconde tombait comme une évidence du plus beau métal.

 

Au bout du Finistère, immense comme le père du Kilimandjaro, coiffé de neige comme lui, il s’assied enfin au bord de l’Océan, salue son frère d’infini et glisse son bras par dessus les flots dans l’air rougi. Il saisit le soleil comme on cueille une belle orange sanguine. L’astre, fatigué d’une si longue journée de balade, sans résister, se pelotonne dans la grande main.

Et le bonhomme le gobe!

Nuit. Extérieur nuit. 

Notre Titan de placard mâchonne cette merveille atomique et ressort de sa bouche, de deux doigts délicats, grands comme 73 éléphants empilés, une arête de Lune qu’il jette au firmament. Celle-ci se colle au petit bonheur la chance sur le drap de la nuit.

 

Bonhomme s’en retourne alors. Vers l’Est.

 

Doucement au début, lesté de son dîner, puis plus allègre au fur et à mesure qu’il revient vers la capitale. Dans ce voyage d’une nuit, il remaigrit, rapetisse gentiment, jusqu’à notre jardin où il arrive juste avant l’aube, de la taille d’un zébu luminescent (il a gardé cette clarté pour retrouver la route de notre maison), puis traversant la vitre de la cuisine dans l’autre sens, il retourne au placard, sautant la dernière marche comme un haricot qu’il est redevenu.

 

Au petit matin, quand je me lève, avant même de faire le café, je vais silencieusement refermer la porte de sa cachette où il dort parmi nos provisions.

 

 

Quand je t’ai dévoilé ce secret, tu m’as regardé de tes deux soucoupes un moment ; puis, d’une voix assurée, m’as lancé : 

 - Franchement, je ne sais pas comment il peut traverser la vitre!…

Le placard du bonhomme au bas de l’escalier de la cuisine 
(derrière ta mère qui en défend l’accès!).

23IV25, MARDI

Boris Eldagsen 


"Pseudomnesia : The Electrician"

Feutre et collage sur carnet Leuchtturm1917.

 

23II22, MERCREDI

Natron vs Coumarine 


"(…) le seigle de mon jardin d'enfant, celui qui est habillé comme un mille-pattes et qui pique comme une barbe amie…"


Flying mind circus du 22 Février :

Feutre et collage sur carnet Leuchtturm1917.

 

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dessins, textes et graphisme © Olivier Thévin 
olivierthevin.com
2026